dimanche 1 janvier 2017

Quand la glace fond en Antarctique


Quand la glace fond en Antarctique. © Anna Manikowska.


L’heure est bien grave, en Antarctique :
Les manchots sont pris de panique,
Car la banquise s’est fracturée
Pour la troisième fois cette année.

La colonie au grand complet
Fut réunie pour un congrès
Sur les effets du réchauffement
Et le futur du continent.

On assista pour commencer
À une séance très mouvementée
Où un manchot pas très sérieux
Voulut allumer un grand feu

Pour démontrer devant tout l’monde
Que la terre est bel et bien ronde
Et que le changement climatique
Affecte les glaces de l’Antarctique.

Mais avant de pouvoir frotter
Son allumette… « Assez, assez !
Brailla un sage et vieil oiseau,
Nous n’voulons pas finir dans l’eau ! »

On passa alors la parole
À un albatros en plein vol
Qui confirma que même les vents
Étaient plus chauds qu’auparavant.

Que les courants de mer, moins froids,
Risquaient de faire fondre les parois
De la banquise et des glaciers.
« Quelle horreur ! », pensa l’assemblée…

Afin de calmer ses confrères
Qui ne savaient plus trop que faire,
Monta sur scène le vieux manchot
Pour prononcer ces quelques mots :

« Amis, ne soyez pas inquiets,
Nous saurons bien nous adapter !
Taillons nos plumes, changeons de diète,
Migrons… Dans la joie et la fête !

Nos ancêtres ont sans doute vécu
Des situations imprévues.
Faisons honneur à notre espèce
Et affrontons avec hardiesse… »

Il s’arrêta soudain, pensif,
Car quelques manchots inventifs
Avaient détourné l’attention
En proposant des solutions.

C’est ainsi que jusqu’à ce jour,
Les scientifiques des alentours
Étudient leur comportement
Et leurs techniques d’acclimatement.

© Anna Manikowska
Tiré du recueil Terres du monde.

jeudi 1 décembre 2016

Les instruments

Les instruments. Dessin de Yves Demers. © Anna Manikowska.

Un soir, dans les coulisses de l’opéra de Vienne,
Les instruments attendaient de monter sur scène
Quand une tempête de neige bloqua les musiciens,
Les spectateurs, le chef d’orchestre, les techniciens...

La trompette fut la première à sonner l’alarme :
« Mes amis, mes compagnons, prenez tous les armes !
Il se passe quelque chose d'inouï, d’imprévu,
C’est l’heure de commencer et personne n’est venu !

- Garde tes armes pour toi, Monsieur le militaire,
Grinça le violoncelle, nous ne sommes pas en guerre !
Soignons notre apparence. De l’élégance, du chic !
Nous sommes les instruments d’un orchestre symphonique.

- Il a raison pourtant, dit le premier violon,
Il est déjà huit heures... Mais où sont-il tous donc ?
- Qui va nous accorder, nous placer, nous détendre,
S’enquit la contrebasse, à moins qu’on veuille nous vendre...

- Mais qu’est-ce que tu racontes, ma vieille, tu es cinglée,
Gronda le gros tambour, faut pas exagérer ! »
Puis le cor, le basson, l’alto et le tuba,
Le trombone, le piano, la flûte et le hautbois,

S’unirent à la chamaille des bois, des cuivres, des cordes,
Créant une harmonie au sein de la discorde.
Seules la clarinette et la harpe ne jouaient pas,
Car fatiguées par le bruit, elles dormaient déjà.

© Anna Manikowska
Tiré du receuil Les bjioux de la girafe.

mardi 1 novembre 2016

Au restaurant

Au restaurant. Dessin de Yves Demers. © Anna Manikowska.
« Bonjour jeune homme, que désirez-vous aujourd’hui ?
- J’aimerais du jus de beurre et des pâtes aux kiwis.
- Je crains malheureusement que ce n’soit pas possible.
- Bon... Eh bien, servez-moi une omelette terrible !

Des oeufs rouges, mauves et verts dans une sauce toute marron
Avec des aubergines et plein de champignons,
Une montagne de frites bleues et trois cents tranches de pain.
À boire : du lait en poudre, suivi d’un verre de vin.

Autrement, une purée de coquelicots géants,
Des petits pois carrés imbibés de piment,
Du fromage de dauphin avec du miel d’érable.
À boire : de l’eau de mer et quatre grains de sable.

J’ai également envie d’une fleur de pomme de terre
Dans une sauce aux cailloux. Est-ce que ça peut se faire ?
- Encore une fois, jeune homme, je vais vous chagriner,
Je ne peux vous servir ce que vous désirez.

- Ah bon ? Alors que puis-je donc trouver au menu ?
Lisez-moi, je vous prie, j’ai des problèmes de vue…
- Ah, je me disais bien qu’il y avait une raison...
Le restaurant, c’est la porte à côté, fiston ! »

© Anna Manikowska
Tiré du recueil En voyage.

samedi 1 octobre 2016

Printemps dans la steppe

Printemps dans la steppe. Dessin de Yves Demers. © Anna Manikowska.
La neige a fondu dans la steppe.
« Il était temps ! », pensa la guêpe.
Elle attendait depuis des mois
Que s’en aillent la neige et le froid.

La marmotte sort de sa torpeur,
Bientôt apparaîtront les fleurs.
Les mouches virevoltent entre les épis
Qui forment comme un épais tapis.

L’été s’annonce très sec et chaud.
Bientôt reviendront les passereaux
Qui avaient migré vers le sud
Pour éviter l’hiver trop rude.

Les aigles, les grues, les éperviers,
Sont attendus pour le dîner.
Trois sauterelles et quarante fourmis
Ont fait une immense tarte aux fruits.

Le grand-duc surveille, attentif,
Une souris aux mouvements furtifs
Qui, avec l’aide d’un grillon vert,
A mis les couverts à l’envers.

Pendant ce temps, les autres oiseaux
Accordent leurs instruments vocaux.
L’ambiance est joyeuse, même le vent
Fête le retour du printemps !

Pendant trois jours, en vieux amis,
Ils se raconteront toute leur vie !
Les retrouvailles, ah, comme c’est bon
Après une longue séparation !

© Anna Manikowska
Tiré du recueil Petits coins et recoins.

jeudi 1 septembre 2016

En voiture !


Sur le quai, un dimanche matin,
Des dromadaires montaient dans l’train.
Tous vêtus de vestes indigo,
Ils avaient l’air bien rigolos.

Pour trouver leur compartiment,
Ils firent un gigantesque boucan,
Réveillant le pauvre contrôleur
Qui s’était assoupi une heure.

Le train siffla et l’on partit
Enfin, dans la nuit du lundi.
Déjà en retard d’une journée,
Le train fila comme une fusée.

Mardi, monta un grand troupeau
De girafons et de lionceaux
Qui descendit le lendemain,
Mercredi, au petit matin.

Un peu plus tard dans la journée,
Une vache voulut prendre un billet
Dans un wagon avec couchette,
Pour y jouer de la trompette.

Jeudi, une tortue imprudente
Créa un retard d’une heure trente.
Sur les rails, assise en tailleur,
Elle tissait un collier de fleurs.

Vendredi, tous les passagers
Organisèrent un bal masqué.
L’ours polaire, déguisé en paon,
Put ainsi monter gratuitement.

Samedi, tous descendirent du train.
Déjà prêts pour le lendemain,
Deux chèvres, trois poules et un renard
Attendaient le prochain départ.

© Anna Manikowska
Tiré du recueil En voyage.

mercredi 25 mai 2016

La guerre des couches

Ta couche a encore débordé,
Je crois que là, je vais pleurer.
Jai déjà lavé cinq bodies
Et sept pantalons aujourdhui.

Jai essayé au moins trois marques,
Même des lavables, une fois, au parc.
Rien à faire, cest toujours pareil
Cette fois, ten as jusquaux oreilles !

Non, tu ne vas pas commencer
À te débattre et gigoter !
Cest dangereux, ce ptit jeu-là,
De pendouiller la tête en bas.

Papa, pourquoi tu nte lèves pas ?
Pour une fois qujai besoin de toi !
Elles sont où, les débarbouillettes ?
Ben oui, les serviettes, les lingettes !

Tu sais, ces bouts dpapier mouillé
Que je tai demandé dacheter
Comment, elles sont dans la voiture ?
Avec les couches ? Jen étais sûre

© Anna Manikowska

vendredi 20 mai 2016

Pas sommeil

Dors bébé... tu ne veux pas dormir, surtout pas,
Même quand je te caresse, même au creux de mes bras...

Le sommeil s'enroule autour de ton petit pied,
Tu le repousses, tu cries, pour rester éveillé...

Moi aussi, figure-toi, je veux aller dormir,
Ou lire le journal, ou encore peut-être sortir...

Allez, fais donc un effort, ferme tes petits yeux.
Je t'en supplie, dors ! Même rien quun tout petit peu.

Je serai sans doute profondément endormie,
Quand tu réclameras ton lait, dans une heure et demie.

Ten fais pas, je me lèverai pour toi à quatre heures.
Tu réveillerais même un zombie avec tes pleurs !

Miracle ! Tu ne hurles plus Tu tes enfin calmé !
Voilà... On y est presque... Mais... Tu es tout mouillé !

© Anna Manikowska